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Inès de la Fressange

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Quand j’ai retrouvé  Inès dans son joli bureau, elle m’a proposé de faire un article sur le mariage, c’est vrai que ça pourrait être un beau marronnier. Je dirai même que ce serait cool qu’elle ajoute une section «  mariage » dans la nouvelle édition de son guide la parisienne… on a commencé par parler mariage (parce qu’elle est gentille Inès et qu’elle sait que je me marie) mais aussi d’’autres choses, voici mon interview d’Inès.

C’est vrai que ça peut être une bonne idée. Les conseils d’Inès … pour le mariage ? Ça j’ai pas fait, mais je pourrais faire un opuscule en plus de mon guide. Vous vous marriez, que faire ?  Le photographe n°1 …

Le monde de la bride aujourd’hui ne fait pas vraiment rêver ? C’est cul-cul … en Amérique c’est un énorme marché. Il y a tellement de films aussi comme ça. Par exemple celle avec la meilleure copine et qui a une agence d’organisation de mariages qui tombe amoureuse du mariage.

Vous avez vu le film Bachelorette ? Non…

Voici le pitch, des demoiselles d’honneur se retrouvent pour enterrer la vie de jeune fille de leur meilleure amie. La future mariée épouse un mec géniale, alors qu’elle est la plus grosse et la plus moche. C’est non seulement très drôle mais on voit comment l’organisation d’un mariage cristallise les sentiments… Y’a toute une chose beaucoup plus importante avec le mariage au Plaza, la liste, le bouquet de fleurs envoyé qu’elles attrapent. Oui, on a l’impression que c’est beaucoup plus important. D’ailleurs la pension familiale après est beaucoup plus importante (rires). Oui, mais c’est bien, c’est des fêtes d’où on se souvient après.

On dit que les parisiens viennent de partout et vous?  je me suis toujours sentie un peu cosmopolite, j’ai une mère Sud-américaine des ancêtres tchécoslovaques, Une grande partie de la famille est partie vivre en Amérique à un moment donné, ils sont par la suite revenus en France donc j’ai pas l’impression comme ça d’être tellement étrangère quand je voyage.

Vous  vous êtes toujours sentie libre ? Quand Carla Bruni a dit « moi je suis née dans une génération où on n’a pas eu tellement besoin de féminisme ». J’ai compris ce qu’elle voulait dire parce que   je n’ai pas lutté en tant que femme, et puis j’ai très bien compris pourquoi ça a été mal pris aussi. Quand on lit l’actualité internationale et qu’on voit que certaines femmes ne peuvent pas être médecins, ne sont pas libres de sortir où elles veulent, ne peuvent pas aller à l’école, On doit avoir des propos très réservés et ne pas penser franco-français.

À moindre degré évidemment, mais il y a aussi ce problème en France… je me suis occupée d’une jeune tunisienne ET quand elle m’a expliqué qu’elle ne pouvait pas mettre une jupe, même pas une mini-jupe, dans le 19ème, sinon elle était injuriée. Là, tu as une espèce de rage. ou que quand son frère ose lui dire, son frère français, né en France, élevé à l’école communale française depuis toujours, et ose lui faire une réflexion t’as envie de te tuer là d’un coup.

Et vous lui dites quoi à cette jeune fille ?  Je lui dit « fais des études, fais des études » comme si j’étais une espèce de Françoise Giroud ou Gisèle Halimi dans les années 60, tout d’un coup c’est ton indépendance !

 #À ce moment là, je me dit qu’il ne faut surtout pas que je je m’enfonce dans une interview sur la condition des femmes, et je décide de passer à tout autre chose.

 Inès, est ce que t’aimerait qu’on fasse une photo posée ? Non non, pas particulièrement, comme tu veux.

 Dans tous les cas, je vous montrerai les photos… Oui, complètement ! Enfin non je veux dire la confiance règne pardon !!

#Inès une de rares personnes à ne pas vouloir voir les photos avant publication ! Je rêve ? tout le monde n’a pas l’obsession du miroir dans la Fashion industrie?

Je vous montre juste une photo, vous la classe au naturel, et moi, euuhhhh, je ne sais pas J  N’importe quoi, c’est pas vrai ! Mais non, tous les matins je sais jamais comment m’habiller, je finis toujours un peu pareil, pull bleu marine, jean, pull gris, jean.

C’est votre côté CHIC aristo ? (rires) Normalement, en France l’aristocratie n’existe plus depuis 1789. À l’école les gens me disaient « non mais toi t’es noble » comme si ça existait. Non mon père n’avait pas une couronne de marquis et  on n’habitait pas dans un château. Mes parents écoutaient les Rolling Stone, et ma mère mettait des mini-jupes.

Rock’n roll la maman? Je me souviens que j’étais dans une école de garçon et qu’une fois elle est venue me chercher, ils m’avaient tous dit ta mère est canon. Parce qu’elle avait de longs cheveux bruns, super bien roulé. Elle n’avait que 20 ans de plus que moi, c’est-à-dire qu’elle avait 30 ans quand j’avais 10 ans !

Quand je sortais avec ma maman, c’est elle qu’on draguait ! C’est drôle. Moi j’ai passé toute mon enfance où on me disait qu’est-ce qu’elle est belle ta mère, elle est sublime. Donc c’était la haute société française à une époque où les classes sociales étaient bien plus déterminées, mais ils étaient très ouverts d’esprit, ils n’ont jamais montré de révérence pour les gens riches, ils n’ont jamais été snobes, beaucoup plus apprécié le talent, l’originalité, l’imagination que l’argent.

Et  qu’est ce qu’ils vous ont transmis de plus important ? Cette espèce d’ouverture d’esprit. Mon père, je me souviens m’avait dit par exemple qu’un des cours les plus importants étaient l’anglais à l’école et il avait raison. Il me disait quelque soit ton travail ça sera important.

Oui c’était assez précurseur et je me souviens qu’il disait dans les années 70 que tout le monde allait avoir un ordinateur à la maison et tout le monde hurlait de rire car ça prenait une pièce entière. Et il a été l’un des premiers à avoir un ordinateur à la maison et puis il essayait de m’expliquer à quoi ça sert.

C’est fou parce qu’aujourd’hui, on ne peut plus vivre sans ordinateur ! Et puis après, il me disait tu peux commander sur La Redoute et là je lui disais que je peux voir le catalogue. Et je ne comprenais pas pourquoi l’intérêt d’avoir un ordinateur à la maison.

#Inès pose sa cigarette électronique.

C’est chic une photo avec une cigarette, pourquoi pas ? Je crois qu’il ne faut pas donner envie aux jeunes de s’y mettre. Ils se disent si je fume je pourrais travailler dans la mode, être mannequin et avoir un beau bureau tout rose.

Vous pensez qu’il ne faut pas faire de la clope un accessoire qui va avec la robe? Notre génération a été élevée avec le culte des actrices. J’ai défilé avec des clopes aussi chez Chanel, dans les années 80. On en faisait un paquet, avec des robes du soir brodées et le mégot. Mais je regrette, faut pas faire ça.

 Hier je regardais la vidéo de la petite veste Chanel. Ah il y a une vidéo ?

Oui et on vous voit plusieurs fois dont une on vous êtes en petit tailleur blanc crème, canon avec des talons … Ce qui est drôle c’est que sur la couverture du livre la petite veste noire, Carine Roitfled a repris un look archi années 80 avec le chapeau et donc j’étais assez fière car c’est la silhouette Chanel des années 80. Et elle qui a tout suivi, connu, qui a travaillé comme rédactrice à l’époque et qu’elle ait choisi ça j’étais assez flattée. Parce qu’on croit que c’est le Chanel classique mais ça ne l’est pas mais c’est vraiment un Chanel des années 80.

Aujourd’hui quand on dit Inès de la Fressange, on dit la parisienne ! Il a cartonné votre livre … quel rapport vous avez avec le succès ? C’est vrai que je suis étonnée quand je vais à l’étranger car pour les gens j’incarne La Parisienne, la française et ça c’est venu petit à petit et j’en suis ravie et ce guide que j’ai fait c’est vendu à un million d’exemplaire et j’étais la première surprise. Je me réjouis de ça. D’un autre côté moi je suis pas tellement tournée vers le passé, à me demander, à me poser des questions sur mon image etc … très souvent c’est des gens qui me rappellent les éléments du passé. J’essaye de ne pas être trop consciente de ce que je représente ou pas. Mais en tout cas, si je réfléchis sur ma carrière professionnelle, je m’aperçois qu’évidemment il y a eu des moments difficiles et des hauts et des bas d’une façon totalement régulière.

Comment se sont passés vos débuts ?  Quand mon petit ami de l’époque m’a emmené dans une agence de mannequin. Ils m’ont dit faut apprendre à vous épiler les sourcils, à vous maquiller, vous coiffer. Ce qui est absurde car quand tu vas à une séance on te coiffe, on te maquille donc tout le monde pourrait être mannequin. Mais bon c’était une façon de dire que ça n’allait pas vraiment, ce n’était pas le grand enthousiasme. Ce qui me paraissait normal. Et c’est ce que j’ai dit à mon petit copain « tu vois je ne peux pas être mannequin » et alors très peu de temps après, on a dîné avec la propriétaire d’une agence qui lui a dit à lui « ta petite amie, si elle veut être mannequin un jour, il y a aucun problème ». Et là, tout d’un coup l’opposé quoi et puis après je faisais des défilés mais on me prenait pas pour des publicités ou pour du rédactionnel normal. Je me souviens que j’avais fait les couvertures du Elle, « les couvertures qu’on aimerait faire mais qu’on peut pas faire ! ». Alors moi j’étais sans maquillage, habillée en garçon, la chemise un peu défaite en smoking, les cheveux un peu mouillés et aujourd’hui ça serait une couverture banale…

Ambassadrice Chanel et maintenant Roger Vivier, vous l’avez connu ? J’ai les deux photos qui le prouvent. (rires)

Alors ce livre Roger Vivier ? Ça a été très amusant à faire parce que même après 10 ans de travail chez Vivier on découvre encore des nouveaux modèles, des nouvelles choses, des nouveaux documents. Et pour qu’il y ait une cohérence entre le livre et l’esprit de la maison j’ai demandé à ce que l’on travaille avec Loïc Prigent pour faire les films. Donc je lui ai montré les documents que je venais de recevoir le jour où il est venu pour parler de ça. Et c’était un book de presse, avec des photos mises dans tous les sens comme on le faisait avant. Maintenant les photos de parutions, les photos de presse, il faut que ça soit mis en page comme si c’était un vrai livre. Avant c’était glissé dans des pages en plastiques et du coup on a eu une émotion incroyable. Il m’a dit gardons la même émotion pour les lecteurs en photographiant directement les archives comme ça dans le papier. Et ça c’était une idée rigolote. Parce qu’il y a une espèce de désordre dans la maison. Et parfois pour les livres, ils ont un concept, une idée qu’il développe dans tout le livre, comme dans les boutiques. Alors que la diversité, la variété … tu vois c’est arrivé comme ça, une jambe en couleurs là, des croquis… toutes les pages de ce livre sont différentes… 

Contributeur Photo : Tony el Hage 
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