Catégorie Rendez-vous avec

Les talons très haut

Tout le monde a déjà  vu une paire d’escarpins Ernest, mais tout le monde ne connait pas Ernest. La marque existe depuis 1904, et la boutique n’€™a pas changé d’adresse. Helmut Newton a immortalisé toutes les paires dans ses photos, et pourtant, elle reste une marque confidentielle que les initiés s’arrachent dans le quartier « chaud » de Pigalle. Depuis toujours une communauté d’artistes, hommes comme femmes qui montent sur scène savent qu’€™ils trouveront ici les plus petites tailles et les plus grandes tailles d’escarpins à  leur taille qui ne leur feront pas mal aux pieds€¦ Dans ce monde très masculin des chausseurs, qui crée mais ne connaissent pas la sensation d’être perchée sur des talons, j€’ai voulu rencontrer Isabelle Bordji. En arrivant chez Ernest, elle a créé sa paire idéale, elle l’a baptisé Isabelle, et ici me dit-elle, chaque femme peut trouver ce modèle rêvé qu’€™elle cherche en vain tous les matins devant son dressing€¦ J’ai pas choisi un modèle que je mettrai au quotidien, mais avec l’€™arrivée de l’été, j’ai voulu prendre le contrepied des spartiates et me suis glissée dans des mules transparentes de 14cm et sans patins le temps de l’€™interview. Une interview en immersion, qui m’€™a value en rentrant un bon plongeant dans une bassine froide. Je suis sûre que c’est le quotidien de Dita Von Teese. 

Commençons par le piquant ! Comment ça des chaussures à  talons pour hommes et femmes ?

Après tout, il n’y a pas si longtemps le pantalon était interdit à la femme avant que Coco Chanel le démocratise. Pourquoi pas les hommes à  talons !
Je préfère un homme qui reste avec son identité masculine et qui va oser porter des talons, ça a un coté un peu rock, un peu rebelle on va dire€( même si en général ce sont les artistes sur scène qui viennent souvent€) tous les styles, toutes les jambes sont les bienvenus chez nous.

Il y a une certaine résonance avec le quartier : depuis toujours On accepte tout le monde à  Pigalle

Oui c’est vrai, mais avant Pigalle n’était pas un quartier sexy comme maintenant ! C’était un quartier de chausseur et de cabaret. Et c’était la raison pour laquelle Ernest s’€™est installé ici. Ça c’€™est transformé par la suite.

Et avant de relancer la maison, vous étiez dans les basses coutures ?

J’€™ai un parcours classique, formation mode au studio Berçot, j’ai travaillé dans de grandes maisons de luxe, mais mes premières amours ont toujours été la chaussure. J’ai eu l’opportunité d’intégrer la maison Cervin, spécialiste des basses coutures, et voilà  ça a commencé comme ça, très naturellement. Je m’étais dit « ma foi les bas c’est la continuité ». C’est toujours les pieds, c’est toujours la jambe, c’est indissociable.

Et là  vous ne portez pas des bas, mais des mules extrêmement hautes !

Des petites mules de saison, toutes simples. Un modèle un peu chausson ! Je les porte tous les jours!

Il n’y a même pas de plate forme et vous les portez du matin au soir?

Notre spécialité est sans plateforme. Maintenant, il faut savoir choisir les talons qui nous vont. Nos pieds ne sont pas adaptés à toutes les formes, il faut le savoir et l’accepter.

Et comment on le sait ? Il y a un type de morphologie de corps pour chaque chaussure c’est ça ?

La morphologie des corps et des pieds sont deux choses totalement différentes. On peut avoir une femme très menue et des pieds larges comme une femme un peu en forme et qui a des pieds très fins. Et ça arrive assez souvent. Il faut juste être bien conseillé, il y a la largeur du pied, il y a des pieds qui sont plats, des pieds qui sont plus ou moins cambrés. 

Alors disons pour un pied cambré, on choisit quoi ?

Alors, un pied cambré c’est ce qu’il y a déjà de mieux, pour que la chaussure soit bien collée. Il faut une chaussure un peu cambrée. Et on a une majorité de modèles qui sont fait pour aller à  un maximum de femmes et le confort chez Ernest c’est quelque chose qui ne déroge pas.

La règle pour être sûre d’être bien confortable, une fois passée la porte de la boutique et l’extase du modèle ?

Il faut que la chaussure soit bien collée au pied et corresponde aussi à la cambrure. Après il y a aussi des injustices, il y aura des femmes qui n€’auront jamais porté des talons de leurs vies et qui auront une telle cambrure qu’elles se sentiront très bien tout de suite sur des hauts talons.

Alors ce n’est pas vraiment une question d’habitude ?

C’est une question d’habitude, oui. Mais encore faut il avoir les bonnes chaussures. Et puis il faut prendre les habitudes aussi petit à petit, il vaut mieux commencer tout doucement avec des petits talons, 10 cm et puis petit à petit monter. Le corps change, le pied peut changer aussi avec le temps même si on a l’€™habitue. Si on a pas l’habitude et on se dit « Oui je veux porter des talons de 14 cm tout de suite !», non.

On va commencer par le 10, le 11, le 12, le 13 et après le 14.

Et le 14cm, c’est ce que vous faites de plus haut ?

C’est ce qu’on a fait de plus haut sans patins. Toutes les femmes ne les portent pas et on ne les met pas pour toutes les occasions. Il y a des femmes qui les mettent du matin au soir. Elles ne sont pas nombreuses mais elles y arrivent. Mais ce sont plus des chaussures pour un cocktail, un resto, voilà  pour un événement où on veut vraiment être au top.

Et quelle est la couleur Ernest ?

Chez Ernest on est très noir, parce que ça reste quand même le classicisme parisien. La valeur sûre et c’est vrai que trouver un bel escarpin noir et simple c’est très difficile. Je fais vraiment attention, pour que la cliente puisse trouver ce fameux escarpin noir. Après c’est vrai que pour le côté un peu fétiche, un peu coquin, il y a le vernis noir, vernis rouge.


Mules : Ernest

Top : Another story

Short : Valentino

Contributeur photos : Thomas Cay

D'autres Rendez-vous avec