Catégorie Les carnets de François Stella-McCartney-Main

Skinny love?

Stella-McCartney-Main

La fashion week est enfin derrière nous !

La fashion week est enfin derrière nous ! Je peux débriefer avec Samar, qui me raconte ses coups de cœur et ses anecdotes back-stage. Une histoire attire particulièrement mon attention : la bourde Instagramique de Stella Mccartney qui a posté sur son compte une photo d’un mannequin maigrissime… « Simple » erreur de communication ou aveuglement de la fashion sphère qui a perdu le sens de la mesure ? Pour mieux comprendre, je dévore les excellents documentaires que diffuse Arte pendant la Fashion Week : « Pop Models », et le superbe film sur Diana Vreeland « The eye has to travel ». Eclairant.

Si l’adage féministe des années 1960 : « History is HerStory » s’applique parfaitement à cet unique univers ou les femmes (mannequins) gagnent nettement plus que les hommes, l’histoire de la mode se combine de manière subtile et complexe avec l’histoire des femmes, de leurs droits, de leurs aspirations.

Jusque dans les années 1950-60, les mannequins sont totalement réduits au rang d’objets ou cintres mouvants, anonymes ou presque, que l’on appelle par un numéro « Numéro 25, Robe du soir ». Qui n’a pas en tête les images des défilés dans les salons des maisons Dior, Balmain, ou des débuts de YSL, ou l’assistance, plutôt réduite, et composée principalement de vraies clientes, observe, scrute, admire, ou s’indigne des nouvelles créations du Grand couturier, sans se soucier des femmes qui les portent (à quelques exceptions près) . Alors que la mode se démocratise et descend dans la rue et les grands magasins, poussée par des créateurs comme Pierre Cardin ou Courrèges, certains mannequins deviennent des stars : Twiggy ou Marisa Berenson, sont les premières IT Girls et attirent les foules à l’instar des rock-bands de l’époque. Du côté des créateurs, le mot d’ordre est à la libération: libérez les formes, les codes, les couleurs; tout ça bien sûr sous fond de mouvement de libération de la femme un peu partout dans le monde. Mary Quant invente la schoking Mini-jupe, Yves-Saint-Laurent détourne le Smoking – apanage du chic pour les hommes – pour en faire un must-have de la garde-robe féminine.

twiggy
marisa berenson
diana vreeland

Mouvements contraires (ou complémentaires ?) où d’un côté la femme se libère du carcan bourgeois et de ses codes vestimentaires, pour affirmer sa sexualité, et d’un autre s’insurge, du moins certaines, contre cette instrumentalisation de leur corps nourrie par des vêtements toujours plus sexy et faits avant tout pour exciter les hommes. La presse – de mode ou féminine – jouera aussi un rôle important et ambivalent dans ce mouvement de libération : la géniale Diana Vreeland alors chez Harper’s Bazaar dira du Bikini « qu’il est la chose la plus importante depuis la découverte de la bombe atomique ». Provocante à souhait, cette réplique résume bien l’antinomie entre d’un côté libération des mœurs, et de l’autre la dérive sexiste et machiste qui vise juste à transformer la plombante mère au foyer, en une affriolante Bimbo de salon.

De la fin des années 1980 à la fin des années 1990, une équipe de modèles emmenée par Naomie, Christie, Stéphanie, Claudia et Carla, tient le pavé, fixe ses règles et ses tarifs et transforme cette période en Gilded Age du mannequinat. Avec elles les vêtements deviennent indissociables de celles qui les portent, et les fashion show mettent en scène ces modèles devenues icônes. Femmes fatales et femmes d’affaires, elles participent à leur manière à l’émancipation des femmes en disant au monde : je suis belle, je gagne beaucoup d’argent…. Et je vous emmerde ! (Enfin c’est surtout Naomie qui aurait pu dire ça). Les années 2000 marquent un retour en arrière : l’anonymat redevient la règle, et la célébrité de l’insubmersible Kate est l’exception. Retour à la case « cintre sur pâtes » dont la maigreur, souvent inquiétante, effraie l’opinion publique qui s’insurge contre la mode qui dégrade l’image de la femme au lieu de contribuer à l’améliorer – et l’insta-boulette de Stella s’inscrit parfaitement dans cette mauvaise tendance. Face à cette anonymisation des mannequins trop skinny, ce sont les stars de cinéma et de la musique – aux formes plus onctueuses quoi que très « fit »- de Nathalie Portman à Vanessa Paradis qui monopolisent les campagnes publicitaires pour incarner l’élégance et le glamour de la mode.

En parallèle, la mode s’industrialise et se structure autour de trois groupes mondiaux (LVHM, KERING, Richemont) prêts à conquérir le monde et les nouveaux marchés; qui n’ont plus rien d’émergents. Opportunisme oblige, les mannequins s’internationalisent et après la vague black, blanc, beur version United colors of Benetton des années 1990’s, c’est au tour de l’Asie de fournir des bataillons de mannequins et de contribuer à sa manière à une forme de diversité. Preuve que la mode surfe toujours sur les vagues, surtout celles où il y a de l’argent.

Résolument constitutive de notre ère, tout en restant gracieusement superflue, la mode a pu et pourra influencer, adoucir ou accentuer certaines tendances. Espérons que cela soit les bonnes !

Et comme dirait Kaiser Karl « La Mode n’est ni morale, ni amorale, mais est faite pour remonter le moral ».

Alors, on se calme… et on boit frais à Saint tropez.

A suivre

François

IMG_5825
Crédits photos: mirror, festivoixohmymag, fortuny
Contributeur photo: Sophie Kosremelli

 

D'autres carnets de François