Catégorie Pimp ta vie _MG_3712

Instagram m’a TUER

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Titre racoleur, pour bloggeuse nostalgique de sa carte de presse. Et pas uniquement de sa carte de presse, nostalgique de l’époque où on demandait : Tu bosses où ? Cette époque révolue où on s’intéressait à ce que je faisais et non pas au nombre de followers que j’avais. J’ai découvert Instagram il y a exactement, 172 semaines*… Ce jour où ma première stagiaire* s’étonnait de l’absence d’un compte @unelibanaiseaparis. Très vite, les premières questions se sont posées ? Faut-il instagramer sa vie ou la vivre ? D’autant que je commençais à vivre des moments « hors du commun» grâce à mon blog. Un soir, je me retrouve dans les appartements de Elsa Schiaparelli, à fumer une cigarette avec Claudia Cardinale, parler mariage avec Clotilde Coureau et son prince de Savoie, Henri Seydoux (Monsieur cinéma français) et moi-même, nous nous sommes penchés sur le conflit israélo-palestinien et enfin un écrivain dont j’ai oublié le nom, la faute au champagne, m’a fait partager sa passion pour Napoléon !

En rentrant, l’instagrammeuse débutante se demande comment elle n’a pas dégainé son téléphone, cliqué sur son application préférée, appliqué le filtre adéquate, publié et partagé instantanément ne serait-ce qu’un instant désuet de cette soirée hors du commun ?

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Instagram ne m’avait pas encore corrompue. Je profitais encore de la vie sans me demander aussitôt arrivé dans une pièce si la lumière était assez bonne pour faire une photo. Aujourd’hui tout est bon pour augmenter sa notoriété virtuelle, certains vont jusqu’à mettre en scène leur vie privée pour accroître ce qu’on appelle « les followers ». Cela dit quel vilain mot : les gens qui aimeraient notre univers seraient des suiveurs qui s’émerveillent devant tout ce que l’on poste ? Je ne pense pas, sans parler des HATERS. Les commentaires sont plutôt bienveillants me concernant, à l’exception de quelques barbus qui ont un peu de mal à voir une orientale s’approprier le traditionnel keffieh masculin sur une plage d’Ibiza galbée dans un maillot une pièce. Mais ça, on apprend à le gérer, Instagram ayant pour qualité première de booster notre égo. L’enfer sur Instagram ce n’est pas les autres, c’est nous. Nous qui postons 10 photos d’affilées sans penser à l’autre qui va les voir défiler sur son écran. Nous qui passons passivement un peu trop de temps devant notre écran la journée, et le soir au lieu d’ouvrir un livre au lit, un petit clic sur notre écran et bonjour l’insomnie.

Instagram m’a tuer car là où je suis sensée partager des photos instantanées, je passe beaucoup trop de temps à sélectionner la bonne photo, et je continue à penser à tort que pour les autres c’est instantané.

Instagram s’octroie le droit d’ingérence dans notre quotidien. Mes amis confondent ma vie virtuelle et ma vie tout court. Je ne peux pas refuser un dîner et poster une photo même léchée affalée sur mon canapé.

Sur Instagram on connaît le prix de tout mais la valeur de rien comme dirait Oscar Wilde. On tague ce qu’on porte, plus l’étiquette est cher, plus vous serez récompensé. On ne prend plus le temps d’être prescripteur d’opinion, mais on influence un groupe qui like nos robes, notre assiette, notre chat et apprécie moins le reste.

Instagram m’a tuer car à force de compter les likes j’en perds le goût des mots.

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T-shirt: No/One Paris
Blouson en cuir : Maison Rabih Kayrouz
Jean: Zara
Bague: Coco Crush
Sac: Roger Vivier

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