Catégorie Les carnets de François samarbrut_28

Talon-Aiguille. Fais-moi mâle, Johnny

Samedi soir était festif. Un ami célébrait son passage dans la trentaine et organisait pour l’occasion une grande sauterie molto chic et décadente dans l’espace de la Galerie Thaddeus Ropac à Pantin.

samarbrut_28

Le thème : « Dynastie »; tout simplement. Imaginez une ribambelle de mecs en smoking et de jolies filles en robe longue, fourrure ostentatoire et maquillage agressif version Joan Collins. Un élément de l’accoutrement des filles ce soir-là attira particulièrement mon attention : les talons -aiguilles. Et à cette soirée, plus qu’à une autre, je fus emporté par un questionnement intérieur hautement métaphysique – enfin surtout physique : pourquoi diable les filles s’infligent-elles le supplice de ces talons si hauts et … si pointus !

L’histoire de la mode raconte que le talon aiguille aurait fait son apparition dans les années 1950, sous l’impulsion de créateurs français comme Charles Jourdan ou Roger Vivier, qui en 1954 aurait affiné le talon de l’une des paires de chaussures qu’il dessinait pour la maison Dior (il dessina les collections chaussures pour Christian Dior de 1953 à 1957).

Qui a déjà essayé de se joncher sur ces escarpins – je parle pour les hommes, ou les jeunes filles encore novices – s’est forcément demandé comment l’on pouvait tenir en équilibre, ou pire marcher naturellement, ou … vraiment pire, courir avec des talons aiguilles. Et pourtant, elles sont légions parmi les fanatiques de la chaussure à en mettre, occasionnellement ou carrément tout le temps. Le succès fulgurant des souliers Christian Louboutin ou Jimmy Choo atteste de cet engouement pérenne et hautement mondialisé.

Alors j’ai essayé de comprendre. Il y a la finesse de l’objet, c’est certain ; le talon pointu dessinant une forme légère qui finira la jambe avec élégance. Il y a aussi, et peut-être surtout, le côté totalement fantasmatique de ces talons hauts, que le film d’Almodovar a divinement mis en scène. Perchée sur ces pointes instables, la femme devient totalement fatale, et pleinement dominatrice, prête à assouvir des désirs inavoués en mode « Fais-moi mal Johnny, Johnny, Johnny » (la géniale chanson de Boris Vian, interprétée par Magali Noël).

Y-aurait-il autre chose ? Je ne sais pas. Peut-être la mode se lassera-t-elle de cet accessoire pointilleux et fera redescendre les femmes sur des talons plus légers.

En finir avec les talons ? Sûrement pas.

À suivre

#LesCarnetsDeFrançois

Escarpins: Jimmy Choo

Contributeur photo : Alexia Maggioni

D'autres carnets de François