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Née dans les choux ?

By Claude

 

       Certes Mozart, dès l’âge de trois ans, faisait courir ses petits doigts sur le clavier du piano familial, et certes, Samar devait probablement au même âge déjà se parer de mille habits et s’enrouler dans la soie, mais avoir une passion et en faire sa profession ne signifie pas qu’on s’y réduit. Souvent, en annonçant mon métier à certaines personnes que je rencontre, celles-ci s’imaginent que, telle le prodige à la perruque ou autres Picasso (qui peignit son premier tableau, Le Picador, à seulement huit ans), je dus naître dans les livres. Hélas, de la même façon que les enfants ne naissent pas dans les choux (non), nous ne naissons pas forcément parmi les objets qui feront plus tard notre vie.

    Née dans une famille dont les parents préféraient la bobine des films à la page des livres, j’aimais lire comme tout enfant les aventures de l’ancêtre de Oui-Oui (Si-si, sans le diadème), les albums de notre Martine nationale (marTine, sans le T tout fout l’camp) Martine au Monoprix, Martine aux Bains, Martine chez Chanel – suivi de Martine chez son banquier -, et si mon père nous lisait chaque soir Les trois mousquetaires ou Les aventures de Tom Sawyer, je préférais généralement mes Chairs de Poule (dont les couvertures arc-en-ciel  tapissent aujourd’hui bien plus les murs de mes souvenirs d’enfance que l’étoile bleue des Editions de Minuit), voire ma game boy, aux gros Folios que les adultes me suggéraient. J’ai d’ailleurs compris que la lecture jouerait un rôle particulier dans ma vie un été où, rentrant de Los Angeles (où ma mère travaillait), pour lutter contre le décalage horaire, j’ai lu pendant deux jours de suite, tous les livres d’une collection dont j’ai perdu le nom (que je cherche encore) dont les histoires mettaient en scène un groupe d’adolescentes attardées. Rien de bien glorieux.  

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une libanaise a paris - Pimp ta vie

        Je n’ai pas passé un bac littéraire mais un bac ES, n’ai pas choisi d’orienter (pas tout de suite du moins) mes études vers la littérature (mais vers la philo certes), j’aimais tout autant, à 18 ans, arpenter les 12 mètres carrés du Baron que les 13 000 de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, et c’est autant le rouge et or de la Pléiade que celui d’un grand joaillier que j’espérais à Noël.

     Alors oui, forcément, j’aimais plus lire que la moyenne, oui, un poème de Jacques Roubaud ou un vers d’Eluard peuvent m’émouvoir plus que de raison, et oui, aujourd’hui, quand tout fout le camp je cherche instinctivement un livre (et une bouteille de vin), mais faire un métier de passion c’est avant tout découvrir une profession, et avec, le côté moins romantique, la réalité concrète mais non moins riche d’une fonction qui ne se nourrit pas que d’amour mais exige une connaissance technique (de la fabrication d’un livre, de sa mise en vente…), commerciale (savoir quels livres marchent, essayer de comprendre pourquoi – certains cas sont aussi opaques à mes yeux que si on en avait caché la raison derrière Cinquante nuances de gris -, comprendre les chiffres, et avec les succès ou échecs…) , stratégique (quand sortir un livre ? quel livre peut avoir sa chance à la rentrée – et pourrait obtenir quel prix ? quel livre pour l’été – où l’on aime moins la philo que la psycho… ?), autant de domaines, raisons, sujets qui font que j’aime passionnément, à côté de la lecture et de la littérature, différemment surtout, l’édition.

         A bon entendeur donc, les éditeurs ne naissent pas dans les livres, ils naissent dans le monde, pour y chercher les livres.

 

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