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It book

By Claude

Dans la liste des fétiches que l’on prête souvent à la mythique (et idéale) parisienne figureraient, d’après les nombreux articles et livres qu’elle suscite et continue d’inspirer,  le jean, le trench, la casquette marine, le rouge à lèvres carmin, un sac à main capable d’accueillir une vie, les bijoux fins et raffinés, mais aussi une certaine désinvolture, une élégance sans artifice, un romantisme sensuel.

Le portrait ne serait toutefois pas complet si l’on omettait cet objet hybride, intime et unique, culturel et couture, matériel et spirituel, le bien-nommé livre. J’en vois déjà certains se pincer les lèvres ou s’offusquer, une main renversée sur le front, l’autre devant la bouche, à l’idée de comparer le livre, cette œuvre d’ââârt, de pââsssions et d’émôôtions, à un accessoire de mode.

Et pourtant, pourtant, des minaudières d’Olympia Le-Tan à l’immense bibliothèque qui orne la boutique Sonia Rykiel en passant (à quelques mètres de là) par le « cabinet d’écriture » qu’ouvrait Louis-Vuitton place Saint-Germain-des-Prés en 2012 ou par la terrasse du café de Flore où les appareils à selfies côtoient les pages, le livre s’est définitivement imposé comme un élément essentiel de la bibliothèque de l’intellectuel autant que de la garde-robe de la modeuse.

Car si un livre importe en premier lieu par ce qu’il dit, par l’univers, la voix, la langue, l’histoire et l’auteur qu’il découvre, il reste aussi un objet, un bel objet, avec lequel on vit, bouge et se montre, un objet qui nous parle autant de lui que l’on parle de nous en l’affichant à nos côtés.

Il n’est qu’à voir, pour s’en persuader, l’énergie que déploient les éditeurs pour se démarquer par une couverture et la façon dont certaines, comme la couverture jaune de Grasset ou la blanche soulignée de bleu de Minuit, peuvent nous aimanter avant même que nous ayons lu le nom de l’auteur ou le titre de l’ouvrage.

Le très récent succès d’En attendant Bojangles tient d’ailleurs aussi (et il n’y a là nulle honte), à sa couverture très pop, sur laquelle un couple façon Lichtenstein esquisse un pas de danse endiablé, tout comme la mythique couverture Blanche de Gallimard attire souvent à elle des lecteurs qui reconnaissent dans son liseré rouge un gage de qualité autant qu’ils désirent se pavaner au bras de son élégant tracé. Et qui ne connait pas autour de lui quelqu’un qui ne se déplace jamais sans un livre à la main, souvent beau, ancien, et signé d’un grand auteur (ou d’un parfait inconnu qui, aux dires de notre ami, serait « si peu connu hélas »), livre dont on peut toutefois douter qu’il soit beaucoup ouvert et lu par son fanfaron propriétaire.

J’avouerai moi-même sans rougir avoir déjà choisi des livres simplement pour leur couverture (c’est ainsi que j’ai découvert quelques merveilleux auteurs des éditions Zulma), compter, dans ma bibliothèque, plusieurs livres que je ne garde que parce que j’aime leur apparence, moins leur propos, préférer, souvent, les éditions originales aux éditions poche ou pocket, simplement parce que je préfère croiser dans mon sac le grain d’une couverture plus grande au moindre grammage d’une réédition petit format, et aimer autant certains livres pour leurs parures que pour leurs textes.

Enfin j’avouerai que pour moi, une femme vraiment élégante a toujours un livre à la main, et plusieurs dans son sac.

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