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Des goûts et des ouvrages

By Claude

Enfant je n’aimais pas les épinards, aujourd’hui je les dévore. Adolescente, à la terrasse des cafés, je devais me forcer pour boire le traditionnel petit noir qui accompagne les conversations sans fin des jeunes filles à cet âge ;  je pense à présent que Nespresso devrait donner mon nom à l’une de leurs séries limitées tant la caféine semble m’être devenue un adjuvant nécessaire. Bref, on ne se refait pas, ou plutôt si, et je ne surprendrai personne en écrivant ici que les goûts, comme les gens, changent à mesure que l’on vieillit.

Si l’affirmation peut s’appliquer à nombre de situations (les évolutions de nos styles vestimentaires en sont peut-être la preuve la plus évidente et flagrante, même si celles de nos goûts musicaux – Mariah Carey si tu m’entends – en sont également une bonne illustration), je ne la pensais pas vraie des livres.

J’ai toujours aimé les romans, les fictions pures qui s’attardent moins sur les faits que sur les personnages, leurs évolutions, leurs émotions (La Chartreuse de Parme m’a longtemps accompagnée aux côtés du monde selon Garp de John Irving, et ma découverte d’Annie Ernaux fut comparable au choc que dut ressentir Christophe Colomb devant le continent américain). Aussi, après avoir lu et adoré deux nouvelles mythiques de Stefan Zweig, Le Joueur d’échecs  et Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, c’est avec réticence que je pris sa biographie de Marie-Antoinette, une biographie que j’ai fini de lire comme certaines finissent un marathon, moins par plaisir que par devoir. Il en va de même pour les romans sentimentaux, je comprends que certains puissent se régaler d’une grande histoire d’amour (qu’elle soit signée Albert Cohen, Tolstoï ou d’autres), mais je préfère un bon vieux Gide (Les Faux-monnayeurs encore et toujours), un Weyergans ou un Echenoz (pour piocher chez les plus modernes), ou un roman de Chalandon à un récit biographique de Jean Teulé.

Sauf qu’il y a peu, alors que je suis chez un ami plus âgé que je n’ai jamais vu lire que des biographies et grands récits de guerre, que vois-je, ô surprise ? Une collection de romans de Paul Auster noyée dans des centaines de romans américains (de Faulkner à Roth en passant par Kerouac). Je lui demande donc ce qu’ils font là, qui habite secrètement chez lui, ce à quoi il me répond que ce sont bien ses livres, ses « premiers amours »,  et m’avoue au passage qu’il ne s’est découvert une passion pour les livres plus historiques que plus tard, en lisant un jour, par hasard, le livre de Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté, qui lui donna le goût des livres tissés de dates et lui fit s’écarter des grands romanciers américains. J’ai essayé, depuis, de reprendre la lecture du Magellan de Zweig, sans succès, mais j’ai au moins maintenant l’espoir de pouvoir un jour l’apprécier, entre un essai économique et un manifeste politique (sait-on jamais), même si je sais qu’après tout, des goûts et des couleurs on ne discute pas. 

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