Catégorie Histoires de style

L’IMPERFECTION EST UN LUXE

 Commençons par ceux à qui l’on demande quel est ton défaut et qui répondent en faisant un arrêt sur le mot  « je pense que je suis un peu trop perfectionniste ». Là où il y a imperfection, il y a perfection, les deux sont indissociables, rien que par la pensée, avant même qu’elles ne soient visibles.

Ces gens-là, j’ai longtemps eu envie de les frapper, physiquement bien entendu, mais à la place, l’hystérique que je suis, acquiesce d’un sourire en précisant qu’elle a bien évidemment le même défaut. À défaut de perfection absolue, je suis une adepte de l’amélioration quotidienne. C’est le seul moyen que j’ai trouvé pour ne pas devenir une adepte de  la procrastination*. À force de vouloir bien faire, on a du mal à mettre un point final, et ça c’est quand on se lance.

Comme si en matière d’imparfaite perfection, on était obligé de se soumettre à la définition du Larousse L’imperfection : Ce qui empêche quelqu’un ou quelque chose d’être parfait. Et on pense quand par soi-même ? Pour enfin décréter que l’imperfection a ses qualités.

Là où Chanel sur instagram, s’octroie le luxe de la photo imparfaite, en postant une photo complètement floue, où la marque ne nous vend aucun produit.  Une photo où l’on passe du matériel, une robe qu’on veut vendre, à l’immatériel, une histoire qu’on veut raconter. D’autres maisons de luxe se perdent dans les méandres de la perfection en répliquant sur le réseau social leurs affiches publicitaires avec le tampon «  perfecto à vendre » même pas signé Irving Schott.

Les bienpensants et défenseur de l’imperfection se contenteront de dire que « la perfection est ennuyeuse ». Personnellement, je ne l’ai pas rencontrée pour la juger. En revanche, je peux la constater : sur un tapis rouge, on ne remarquera jamais celle qui a monté à la perfection les marches, chignon cartonné et robe maitrisé voire sponsorisée, inversement, une Sophie Marceau qui laisse apparaître sa petite culotte soyeuse sous une robe chemise blanche fera la différence et l’évènement. L’imperfection est vivante. Un luxe que tout le monde ne peut pas se permettre, on ne dévoile pas sa petite culotte comme on dévoile une gaine bermuda sous une robe trop serrée.

L’imperfection m’est désormais familière. Celle qu’on accepte, qui ne demande pas d’être portée en étendard, et uniquement celle-là nous rend singulière. un luxe dans un monde normé par les tendances,  « must have » ou « must do » qu’on est censé suivre ou plus politiquement correct adapter à notre garde robe. La singularité a  toujours une longueur d’avance ou dix trains de retard concernant les tendances. C’est une sorte de « gentrification textile » ou comment une façon de se vêtir de manière marginale et exclusive devient une mode. Les punks qui étaient une provocation contre l’ordre établi, sont aujourd’hui à la une des magazines, et complètement mainstream. Aujourd’hui, porter une mise en Dior, n’a rien de personnelle, c’est un faire valoir. Je me rappellerai toujours de cette femme, la quarantaine épanouie, croisée dans une chocolaterie à Beyrouth. Elle avait les cheveux presque blancs, un carré long gris blanc, de grands yeux verts et un visage joliment ridé. Dans une ville où l’on se pique le visage comme on laverait ses mains, cette succession d’imperfections, rendaient cette femme parfaite à mes yeux.

 Depuis que la mode est pour moi un moyen d’expression, c’est à dire mes 21 ans, je porte uniquement des pantalons pattes d’éléphants. Je suis aujourd’hui tranquille, car très à la mode. En revanche, très longtemps, mes copines qui sont passées du 501 levis, au slim the kooples se sont moquées de moi. Le patt d’eph fait de moi une personne singulière ? NON. En revanche, si j’ajoute à cela mon collier en or hérité de ma mère, mon rouge à lèvres étalé aux doigts, assortie d’un sourire et des ongles cassés, je suis imparfaitement moi, donc singulière.

Et qui dit ça ? la « bloggeuse », cet être parfait, à la vie virtuelle parfaite ? ça c’est pour ceux qui ne me connaissent pas parfaitement.

J’aime l’idée de pouvoir exprimer très librement ce que je pense, sans la peur d’être jugée, et j’ai toujours ressentie cette recherche de perfection comme un frein à cela.

longtemps, j’ai voulu être parfaite, Je pourrais vous citer des exemples que vous connaissez, comme courir partout pour réussir sa vie professionnelle, être la parfaite épouse, toujours de bonne humeur, le petit singe qui fait rire tout le monde, être disponible et parfois prendre des coups… Aujourd’hui l’imperfection est avant-tout la possibilité de me libérer de moi-même.

Contributeur photos : Alexia Maggioni 

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