Catégorie Rendez-vous avec Rabih_Kayrouz, automne hiver 2013_2014, fashion week, paris, interview, atelier

Rabih Kayrouz

Ton défilé est dans quelques jours, Tu n’as pas l’air stressé, tu restes agréable et attentionné avec tout le monde… Stressé, je le suis, mais ce n’est pas une raison d’être méchant avec les gens, je suis exigeant, ils le savent. On est une petite équipe, on se connait très bien. Elles stressent autant que moi, et sont complètement dévouées. Je ne vois pas pourquoi je leur mettrai une pression supplémentaire.

Tu dis Elles, dans ton atelier il n’y a que des femmes ?  Oui, il n’y a pas du tout de critère de sexe.(rires)

Je te trouve courageux d’être sorti du calendrier Haute Couture en janvier… Je ne sors pas du calendrier, je saute une saison. La couture est un moment exceptionnel, et en la présentant une fois par an, on garde cet aspect exceptionnel et rare. Et ça devient inhumain de créer à ce rythme, je suis le seul créateur de la maison, je crée 4 collections par an avec mon équipe, les pré-collections et les collections et rajouter deux collections couture, ça devient inhumain; pour moi, et pour les gens qui travaillent avec moi.

On a aussi l’impression que la haute couture est un peu déconnectée de la réalité… Les défilés de haute couture, ça répond à un style de vie, une manière d’être qui n’est plus très moderne aujourd’hui. Qui a envie de s’habiller exactement de cette façon ? Je considère que l’avenir du prêt-à-porter est de regrouper ces artisans, ces techniques qui sont vraiment spécifiques à la haute couture, et de les faire travailler dans un prêt-a-porter qui fait rêver. J’essaie de faire un prêt-à-porter haut de gamme avec des techniques, la même attention, la même émotions que la couture.

Tu fais beaucoup d’aller-retour entre Paris et Beyrouth, est-ce que tu as un atelier a Beyrouth ? Je fais encore quelques commandes spéciales pour mes clientes, mes robes de mariées etc.

Est-ce qu’il y a des robes que tu crées à Beyrouth et que tu ne créerais pas à Paris ? Certainement, on a deux styles de vie très différents, si je suis à Beyrouth je vais être inspiré par une ambiance festive, beaucoup plus nonchalante, plus estivale. J’arrive à Paris, c’est une ambiance beaucoup plus urbaine, beaucoup plus pragmatique, beaucoup plus couvert, c’est très différent.

Comment ça se traduit dans le vêtement? une création beyroutine et une autre création parisienne ? Il y a un côté beaucoup plus architecturé pour la parisienne. Aujourd’hui je mélange un peu les deux, le structuré et le fluide, ça se traduit comme ça dans mon travail. Donc le méditerranéen plus aérien, et le Parisien plus structuré.

Tu m’as dit que tu ne stressais pas, mais  il y a quand même une pression imminente à l’approche du défilé ? Absolument, je ne dors pas, c’est horrible!  Il y a certainement une pression, une volonté de bien faire, mis a part la présentation elle même, il y a le travail que j’ai envie de faire, est-ce-que je vais finir À temps ce que je veux montrer ?  Il y a toujours ce stress…

C’est frustrant ? Il y a toujours des vêtements qu’on n’a pas le temps de faire, mais on se rattrape parce qu’on a des saison qui reviennent vite, la pression est horrible.

Et tu trouves le temps de tout faire ? On  n’a jamais le temps, on passe d’une collection à une autre, on commence une robe, on se dit waouh, on a le temps, puis deux semaines après, cette robe on ne l’aime plus, on la change, on change tout un truc; c’est comme ça.

Tu as déjà changé ou annulé une robe qui t’avait pris beaucoup de temps juste avant le défilé ? Oui bien sûr, parfois parce qu’elle n’est pas en cohérence, la collection a évoluée, on change les matières à la dernière minute, il y a des couleurs qu’on a trouvé très beau en début de saison et une fois la collection commencée, on change d’avis, je vire souvent souvent des tissus et des couleurs, je me retrouve à la dernière minute à vouloir un tissu précis que je vais chercher en catastrophe.

Et dans un défilé, qu’est-ce que tu recherches ? Je m’inspire d’une attitude, une envie précise, je n’aime pas les thèmes. Je raconte une histoire, et après ça je vois les couleurs qui correspondent à cette attitude, et puis des envies, comme ça c’est tellement personnel, illogique.

Comment l’idée t’est venue  de couvrir la tête de tous tes mannequins avec les chapeaux pour la collection printemps/été 2013? Deux semaines avant le défilé, j’avais envie que les filles soient couvertes, j’avais même envie qu’on ne voit pas leurs têtes, que ce soit vraiment juste, de voir comme ça des chapeaux qui passent!

Tu n’aimes pas les thèmes, qu’est-ce qui t’as donné envie dans cette nouvelle collection ? Je te garde la surprise parce que tu viendras au défilé, mais j’avais envie d’un hiver couvrant, d’une attitude, on se cache, on se couvre, un truc enveloppant, il y a autre chose, l’attitude qui suit, mais je préfère que tu le voies au défilé.

Tu prends le temps ces derniers jours de te détacher de ton travail  de création et de faire autre chose ou tu restes enfermé? Je peux me détendre par des petites choses, je peux cuisiner, je peux manger, je peux boire, je peux sortir, mais c’est une période où je reste très concentré, je ne pense qu’à ça, ça ne me dérange pas.

Et ça dure combien de temps ? Toute une vie.

Qu’est-ce qui est essentiel pour toi avant un défilé ? Mon équipe est très importante, et leurs avis me sont importants, j’échange beaucoup avec eux.

Et qu’est-ce qui pourrait te contrarier lors de ces moments ? La bêtise. C’est un moment où je suis très sensible, à fleur de peau, je ne m’attends pas à des compliments, mais je n’aime pas la bêtise. Des gens qui ne travaillent pas, et viennent donner leur avis, ça ne m’intéresse pas.

Contributeur photo : Cesar Montana 
Rabih_Kayrouz, automne hiver 2013_2014, fashion week, paris, interview, atelier
Rabih_Kayrouz, automne hiver 2013_2014, fashion week, paris, interview, atelier

D'autres Rendez-vous avec