Catégorie Les carnets de François 20140909_Web_Style_Story-DSC09858

Le smoking

Elle avait dit Smoking. Heureusement je ne l’ai pas écoutée. Samedi soir, la star des galeristes, aka Emmanuel Perrotin, inaugurait l’exposition consacrée aux artistes plasticiens Laurent Grasso et Wim Delvoye. Vernissage, cocktail, concert privé, une vraie « Arty-chic Party ». Il faut dire l’Hôtel du Grand Veneur, Hôtel particulier dans le pure style 17ème siècle (60 rue de Turenne, Paris 3e, ndlr)  qui abrite le Showroom Perrotin,  se prête volontiers à cette atmosphère élégante et moderne. Et justement ! Pour donner du glam’ et parce que l’on parle quand même d’œuvres d’art avec beaucoup de zéros, les équipes de la galerie avaient eu la bonne idée d’imposer LE dress-code ultime : black-tie et robe longue. Mon amie Daphné qui officie dans cette enseigne avait bien insisté : « c’est black-tie, hein »! 

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Si pour les femmes, cette indication semble un jeu d’enfant – la penderie regorgeant de robes, longues, courtes, drapées, échancrées, évasées, fluides ou tout simplement fatales – pour les hommes, l’opération est plus délicate. Déjà, il faut comprendre que Black-Tie signifie Smoking. Cela peut paraître trivial, mais tout le monde ne le sait pas. Mais surtout, il faut AVOIR un smoking et là c’est une autre paire de manche. Pour ma part, cela faisait longtemps que je ne l’avais pas sorti du placard. Quelques obligations mondaines m’avaient conduites à en louer à plusieurs reprises et à l’occasion d’un diner molto chic à l’Ambassade d’Italie  je m’étais résolu à m’en offrir un. J’étais donc parée à affronter ce défi. Mais les autres, joueraient-ils le jeu ? Car rien n’est pire que d’être le seul à n’avoir pas compris que personne ne jouerait le jeu. Je me suis d’ailleurs imaginée comme Bridget Jones débarquant en Playmate à une fête qui n’est plus déguisée, tout endimanchée en « cravate noire » parmi une foule de gros cools décontractés en chemise à motifs : oui la scène aurait été un peu ridicule, mais au pire on m’aurait pris pour un serveur « Garçon, deux coupes s’il vous plait ? ». 

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Inquiet de me voir vivre ce moment de mini humiliation sociale, qui m’aurait tout de suite placée dans le TOP 3 des Fashion Faux Pas de la soirée, j’avais pris soin de vérifier la teneur du dress-code auprès de mon amie Daphné. Evidemment, la galerie avait rebroussé chemin – peut-être pour éviter d’embarrasser certains- et avait réduit les ambitions stylistiques à « Cocktail Attire »; formulation à la fois difficile à prononcer (je m’entendais dire « Cocktail à tailleur » – mon anglais n’est peut-être pas parfait, soit) mais surtout sibylline. En quelques clics seulement, je compris que sous cette appellation faite pour les initiés se cachait tout simplement les indications suivantes : « robe de cocktail pour les femmes », « cravate et costume pour les hommes ». Easy my friend ! Je m’exécutai, et pas trop mal je pense. 

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Mais au fond, je garde une petite déception : j’aurai voulu le mettre mon Tuxydo (autre nom que l’on donne au Smoking) et me la jouer James Bond  » Un Vodka martini au shaker, pas à la cuillère ». Car soyons honnêtes, les hommes ont moins l’occasion que les femmes de se sublimer par le vêtement ! Et puis l’histoire du smoking est amusante : initialement conçu comme un vêtement d’intérieur à la fin du 19ème siècle pour les hommes de la bonne société anglaise et américaine, il s’imposera à partir des années 50 comme « la » tenue élégante en remplacement de « l’Habit » (la queue de pie). Puis Yves Saint Laurent, dans les années 1960, empruntera ce code de la mode masculine pour créer l’indémodable et modissime Smoking Saint Laurent pour femmes…. La prochaine fois, chers amis galeristes, tenez bon les ambitions du style et tant pis pour les Bridget Jones ! Ils s’en remettront. 

Alors Smoking, No Smoking ? Smoking Absolutely. 

Smoking : De Fursac
Robe : Rochas
Collier : Madame Rêve
Sac : Sarah’s Bag
Sandales: Charlotte Olympia
Contributeur Photos Francois Xavier Watine (AKA Webstylestory)
 
 
 

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