Catégorie Histoires de style IMG_9391 copy

Sur le trône ?

Pas besoin de vous dire,

Ce que je fais assise là, vous le savez, vous faites exactement la même chose.

J’ai du mal à me détacher de ce sentiment de pouvoir quand j’ai des talons aux pieds malgré ce contexte d’extrême intimité.

Je ne les mets jamais du matin au soir. À force d’en porter, j’ai compris qu’au delà de la cambrure, c’est le temps qu’on passe assise ou à marcher avec qui fait mal aux pieds. Et comme mon désir de domination n’est pas obsessionnel, je les sors au moment voulu.

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Le pouvoir social…

Louis XIV portait déjà des talons, c’était une histoire de pouvoir, donc réservé aux hommes. Aujourd’hui, les talons c’est une histoire de femme, si quelques hommes y succombent, ils tentent de le faire secrètement. On sait que Nicolas Sarkozy n’hésite pas à choisir des modèles surélevés et que Karl Lagerfeld ne se sépare jamais de ses talonnettes cachées…

Celles que je porte à mes pieds sont explicites. Quand je les mets, je sais exactement pourquoi. Je suis un peu en mode guerrière, au delà de la séduction primaire, il y a un enjeu. Je sors de ma zone de confort, je ne suis pas en chaussons, et j’affronte un monde qui n’est pas à ma taille.

Qui n’est pas soucieux de l’image qu’il donne ? Qui ne fait pas attention aux regards des autres ? L’idée n’est pas d’intellectualiser la question, et se dire que porter des talons se résumerait à la conclusion « on est esclave du regard de l’autre ». Non, mais on vit en société, on ne met plus des chaussures uniquement pour protéger ses extrémités d’un environnement hostile. On a le choix, et on se chausse en fonction de notre quotidien et des évènements. Il m’est arrivé, de refuser un rendez-vous de dernière minute, une sorte d’opportunité de rencontre professionnelle parce que je n’avais pas les bonnes chaussures. Et je fais confiance à mon instinct, parce qu’une première impression, c’est important, pourquoi prendre le risque ? La vie est faite d’opportunités, mais vaut mieux les reporter que les rater. Ce n’est pas comme si j’étais Robinson Crusoé bloqué sur une île, j’ai le choix.

Je disais plus haut qu’en glissant tant bien que mal dans ces talons hauts et vert pétant, j’étais en mode guerrière. Elles me donnent confiance même si je ne suis pas une grande adepte de la couleur aux pieds. Elles me permettent d’exprimer à un moment donné une facette de ma personnalité ou un désir. Elles sont extraverties, ne passent pas inaperçues, même vêtue d’un sac-poubelle, ces pompes attirent le regard.

Serais-je si pathétique en sollicitant à ce point autrui ? Je ne sais pas. En revanche, j’ai remarqué que quand je les porte, je suis plus ouverte à la discussion, les gens viennent me parler plus facilement, et comble de l’ironie, la discussion commence souvent par « impressionnants vos talons ! ». À défaut de savoir si l’adage « Dis-moi quelles chaussures tu portes et je te dirai qui tu es » s’applique à ma personne, je dirai « Dis moi quelles chaussures tu portes aujourd’hui je te dirai ce que tu veux ».

Le pouvoir érotique…

Tu es Sado ou Maso ? En se glissant dans ces pompes vertigineuses je dirais qu’on est les deux. Sado parce qu’on a envie de maitriser quelque chose, ne serait-ce que sa démarche. Et Maso, car même si ça fait mal, qu’est ce qu’on aime ça. En faisant des recherches sur le sado-masochisme, je suis tombée sur cette petite annonce  incomplète à la première lecture : « Femme sexy séduisant avec cul parfait et des menottes en chaîne ». Mais pourquoi l’annonce ne précise pas perchée sur ses talons aiguilles fatales ? Le pouvoir érotique des talons serait-ce une évidence ? Cette femme répondrait oui. « Une bonne chaussure est une chaussure non pas qui habille, mais qui déshabille », disait le photographe Helmut Newton, et l’imagerie fétichiste s’est bien immiscée dans la mode. Le talon positionne le pied sur une cambrure extrême qui n’est pas très naturelle, l’équilibre est mis à l’épreuve, il tend les jambes et cambre les reins. Le corps est mis en tension, érotisé. Il y a aussi le jeu des plateaux comme le mien pour aller encore plus haut, sans trop souffrir, au risque de ressembler à Loana dans Loft story*… Il y autant de hauteurs que de formes de talons qu’il y a de fantasmes, sensibilités et préférences dans le monde, rien n’est codé.

Les talons seraient un message non verbal à maitriser.

#UlapLovesShoesWeek

Sandales charlotte Olympia
Contributor Photo : Lama Mattar

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