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Le style libanais

Le style libanais est à la fois aimé et décrié. Oui, le degré d’enthousiasme varie du côté des deux rives de la Méditerranée. Le style libanais s’est construit avec l’histoire du pays : La légèreté d’abord, et ensuite le chaos. Une légèreté qui a fait de sa capitale la suisse du Moyen Orient, avec le goût de la fête en plus ! On ne craignait pas Beyrouth, on y venait pour se montrer et briller, en témoigne les folles fêtes chez Pépé à Byblos avec Brigitte Bardot & Co. Dès les années 70, les moeurs se libèrent mais le Liban entre en guerre. La jet set traverse la Méditerranée pour atterrir à Saint-Tropez, Mick Jagger se marie au Byblos et la jeunesse débridée prend son café chez Sénéquier Beyrouth est abandonnée mais les libanais et les libanaises ne vont jamais cesser de cultiver leur art de vivre. Style et frivolité perdurent même en temps de guerre : « Ma grand mère, même sous les bombes mettaient un point d’honneur à aller chez le coiffeur tous les vendredis. » adore raconter mon amie Léa Sfeir. 

 

 

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La légèreté est un luxe que la libanaise a érigé en instinct de survie.

Pour éviter les bombes, on descend dans les caves, l’exceptionnel devient alors une routine, la vie dans ces refuges s’organise. Début des années 80, ma mère a passé sa nuit de noces, dans les sous-sols aménagés de sa belle-soeur, avec toute la famille, et elle n’en garde pas un mauvais souvenir… Elle m’a parlé des petites bougies allumées et je me rappelle aussi de chants et de danses. Je ne lui ai jamais posé la question, mais je me doute bien que cette nuit n’a pas été consommée. Je ne parle pas souvent de ma vie privée. Ici, j’évoque comme fil conducteur l’héritage de ma maman, le collier qu’elle m’a transmisson sourire et son aversion pour la mode « Ce n’est pas en passant des heures devant ton armoire que tu trouveras ton style ». Encore une fois, elle avait raison. Mon style s’est créé de manière organique. Au delà de la mode, avec un patrimoine culturel bien vivant qui passe parfois par tout ce qui brille. Cette opulence orientale, je l’avoue a été galvaudée par certaines, et bien entendu moquée par les défenseurs du minimaliste. Mais les amoureux du maximaliste comme moi sont toujours à la recherche du parfait équilibre entre opulence et raffinement oriental.

Le style libanais est soutenu, par un regard, une bouche ou les deux à la fois. Nadine Labaki excelle dans cet art. Elle représente la femme libanaise dans ce qu’elle a de plus authentique, un style affirmé, moderne sans jamais oublier son khôl. En marchant dans les rues de Beyrouth, on ne croise pas souvent de femmes comme Nadine Labaki, de même qu’en arpentant les pavés de Paris, je ne trébuche pas sur Vanessa Paradis. Ce sont des codes, une représentation, parfois même un imaginaire. Le mythe de la parisienne s’est forgé à travers des icônes, Catherine Deneuve, Jane Birkin, Inès de la Fressange à cette liste on peut ajouter Valérie Lemercier, Caroline de Maigret, Charlotte Gainsbourg. Le style libanais est pour le moment très associé à la beauté et à l’univers des cosmétiques. Nous n’avons pas d’icône de mode à qui nous référer, mais des femmes de tous les jours, des femmes qui nous sont proches. La mère de mon amie Cherine Khadra était de celles qui ne s’habillaient que de costumes, alors que toutes les autres sortaient en robe, peu importe la saison, elle avait toujours une veste. Elle avait les cheveux sombres, une coupe variant du carré à la garçonne, le sourcil épais avant Cara Delevigne, et ne sortait jamais sans une broche qui brillait sur sa veste. A chaque fois que je vois une broche, je pense à elle.

 

 

Le style libanais est en pleine mutation, avec l’émergence d’une nouvelle génération de designers qui habille la femme avec autre chose qu’un fourreau du soir. Et cette marche est lancée par des femmes, Sandra Mansour, Lara Khoury, Sara Melki…et peut-être un jour on portera les vêtements de Yasmin El Sahel, jeune étudiante de la promotion mode de LAU* que j’ai rencontrée lors de mon dernier voyage à Beyrouth.  #UlapLovesLebaneseDesigners.

La libanaise aime beaucoup de choses, et quelques fois elle a l’obsession des marques. La parisienne dirait d’elle poliment qu’elle a du mal à choisir et cherche son reflet dans Chanel, Dior et Hermes. N’en voulez pas à cette libanaise qui arbore au creux de son coude son sac signé. Elle se raccroche à ce qu’elle peut dans un chaos qui n’a plus de nom. Je me souviendrais toujours de l’épicière en bas de l’appartement familial de Mar Elias* toujours impeccablement coiffée et assise derrière sa caisse, de son tailleur en tweed, ( je n’ai jamais osé lui demander si c’était un Chanel) et de sa broche au double C entrelacés que j’ai fini par regarder comme une médaille de style, avec qui je prenais souvent le café et mangeait une mannouché, avant de filer. J’avais droit à chaque fois à une petite histoire joyeuse d’un Beyrouth léger. Donnons le droit à la libanaise de briller, cette femme aura toujours la pudeur de vous raconter uniquement les jolies choses de la vie.

 

Mar Elias*: quartier de Beyrouth.
LAU* : L’université Libano Américaine
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Contributeur photos Alexia Maggioni

 

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